
Rapidement devenu « top 10 » de la plate-forme Netflix et dépassant les 140 millions de visionnages, cette série britannique suit la vie de Jamie Miller (interprété par Owen Cooper), un collégien assez réservé et timide qui passe tout son temps sur internet et les réseaux sociaux. Mais sa vie bascule brutalement lorsque la police l’arrête et l’accuse du meurtre de l’une de ses camarades.
Grâce aux réalisateurs Jack Thorne et Stephen Graham (qui joue également le père de Jamie dans la série), on est directement plongé dans cette histoire dès les premières secondes lorsque la police fait irruption de façon très violente dans la maison des Millers pour une perquisition.
Beaucoup de personnes peuvent éprouver de l’empathie pour Jamie : un jeune garçon de base peu sûr de lui et réservé qui, du jour au lendemain, est accusé d’un meurtre et se retrouve face à des policiers très froids et distants qui le questionnent lui et son entourage.
On a aussi le point de vue des parents qui ne voient pas un meurtrier dans le regard de leur enfant. On peut se demander : en tant que parents, comment sommes-nous censés réagir ? À travers les quatre épisodes, on voit que les parents commencent à sombrer et surtout le père qui se renferme de plus en plus sur lui-même. La relation entre Jamie et son père est très détachée et froide.
Alors face à ce genre de série, on a tous une question : est-il coupable ? Mais avec « Adolescence » le but principal n’est pas là, il s’agit plutôt de savoir pourquoi ça s’est passé et ce que cela reflète de notre société actuelle.
On suit quatre épisodes d’environ une heure. Ce que l’on a le plus apprécié, ce sont les plans séquences, qui sont donc des scènes filmées sans couper et gardées comme telles. L’équipe a par exemple dû faire 10 prises pour un seul épisode afin de garder la meilleure. Il y a forcément des petits défauts qui auraient pu être effacés avec des plans coupés, mais c’est ce qui fait l’originalité de la série. Cela amène de la spontanéité et de l’improvisation et crée des images pesantes et violentes.
Toute cette organisation a donc demandé beaucoup de préparation de la part des acteurs. L’un d’eux, Owen Cooper, a particulièrement impressionné les téléspectateurs. Un jeune acteur de 15 ans, inconnu du monde d’Hollywood il y a encore quelques mois, qui a su parfaitement montrer les différentes émotions de son personnage complexe. On assiste ainsi à des scènes bouleversantes et intimidantes où Jamie hurle sur des adultes, dont sa psychologue, ou perd totalement le contrôle de lui-même. Owen rentre d’ailleurs dans l’histoire du cinéma en étant le plus jeune acteur masculin à remporter un Emmy Awards. Une très grande réussite pour la série qui a par ailleurs reçu six récompenses cette même soirée.
« Il y a trois ans, je n’étais rien et aujourd’hui je suis là. » déclare-t-il , le 14 septembre dernier lors de la 77ème cérémonie des Emmy Awards.

La série soulève des questionnements sur notre société et sur cette manosphère qui se crée à travers les réseaux sociaux. La manosphère désigne des communautés en lignes qui ont souvent des discours porté sur la masculinité et des avis très négatifs envers les femmes. On parle aussi d’incel, qui vient de l’anglais et signifie » célibataire involontaire « . Il désigne souvent des jeunes hommes ou garçons qui recherchent la validation et l’affectation féminine.
Bien que ce ne soit pas une série tirée de faits réels, elle reflète parfaitement une problématique de l’adolescence d’aujourd’hui où, à travers les réseaux sociaux, certains développent des comportements misogynes et masculinistes.
Le Royaume-Uni ainsi que les Pays-Bas s’engagent à diffuser la série dans les écoles afin de faire de la prévention sur la santé mentale. En France, la ministre de l’éducation, Elisabeth Borne, lors de son passage chez LCI, a déclaré vouloir mettre en place un dispositif pour sensibiliser les jeunes au problème de la surexposition aux écrans et de la banalisation de la violence sur les réseaux. Il s’agit aussi de lutter contre la propagation des thèses masculinistes et misogynes qui incitent à la violence envers les femmes. Elle a annoncé que cinq séquences pédagogiques seraient proposées aux enseignants à partir de cette série dont Netflix va ouvrir les droits à l’Education Nationale.
Cependant beaucoup s’interrogent sur les réels progrès que pourraient apporter la série. Des questions se posent :
La série est-elle adaptée pour tout le monde ?
Est-ce que la prévention de la santé mentale peut vraiement se faire à travers des séries Netflix comme « Adolescence » ou « 13 reason why » ?
Goundo
